samedi 8 février 2014

HISTOIRE DE LA MOSAÏQUE

ETHYMOLOGIE DU TERME MOSAÏQUE

Décoration de pavement ou murale composée de petits morceaux (tesselles ou tessères) de matières diverses, assemblés, grâce à un mortier ou ciment, sur un support.
 
Ier siècle av JC, Italie Le terme mosaïque provient d'une transformation phonétique de opus musivum, type de revêtement appliqué à la décoration des parois et des voûtes des grottes ou des fontaines dédiées aux muses.   Les Musea : les neuf déesses de la mythologie représentant les arts.

Moyen-Age
Par une transformation du suffixe, passage au latin médiéval à mosaicum, puis la langue française emprunte le mot à l'italien mosaico qui dérive directement de mosaicum.
1526 Introduction du terme mosaïque par Geoffroy Tory, écrivain imprimeur.
1837 Apport du mot mosaïste par George Sand avec son livre : Les maîtres mosaïstes.
De nos jours Le terme "mosaïque" est devenu un terme générique s'appliquant à toutes les techniques de la mosaïque, au carrelage industriel de petite dimension, à la photographie créative et à l'idée de multitude d'origine très variée.
Philippe Bruneau a crée le mot mosaïstique, le préférant au terme musival qui concernerait plus spécifiquement les mosaïques de voûte et murale.



La mosaïque de galets  Période grecque VIIIème - Ier siècle av JC
 
Fin du IVème millénaire av JC, Uruk (Warka) en mésopotamie Premières tentatives de ce que l'on appellera beaucoup plus tard la mosaïque.
VIIIème siècle av JC, Gordion (Asie Mineure) Naissance officielle de la mosaïque.
Utilisation de galets bicolores (noirs et blancs) ou tricolores (noirs, blancs et rouges), de 1 à 2 cm de longueur, enfoncés verticalement dans un lit de pose de mortier, formant un tapis à motifs géométriques, parfois cernés de plomb pour en souligner le dessin.
A l'origine, la mosaïque, "dallage lavable à grande eau" dans le vocabulaire grec, est un art fonctionnel, et joue le rôle d'un tapis. D'ailleurs, les motifs décoratifs des premiers tapis retrouvés (VIème - Vème siècles av JC) ressemblent à ceux des mosaïques de cette époque.
La mosaïque est alors un élément de la vie privée, mais sera rapidement utilisée dans les édifices publics.
VIème siècle av JC, Grèce
Arrivée de la technique de la mosaïque de galets.
Vème siècle av JC, Corinthe et Sicile
Apparition de mosaïques à sujets figurés.
IVème - IIIème siècles av JC, Athènes, Erétrie, Olynthe, Olympie, Pella, Rhodes, Sicyone, Egypte
Multiplication des mosaïques à sujets figurés.
Iconographie : sujets mythologiques, animaux fantastiques issus de types orientaux, décors ornementaux de l'art grec classique.
Style : à rapprocher des vases à figures rouges et parfois à la peinture par l'utilisation d'un filet de plomb ou de terre cuite pour cerner certains personnages et par la recherche de modelé.
300 av JC : Apogée de l'art de la mosaïque de galets à Pella, capitale de la Macédoine sous Alexandre le Grand.
IIIème - Ier siècles av JC, Sparte et Mantinée (Grèce), Shahbi (Egypte), Italie du Sud
Arrivée d'une technique intermédiaire annonçant la mosaïque de tesselles : une mosaïque composée d'éclats de cailloux et de galets.

LA MOSAÏQUE DE TESSELLES
 
Tesselle ou tessère : abacule, cube taillé de marbre, de pierre, de terre cuite ou de pate de verre opaque ou translucide

Périodes gréco-romaine, romaine et paléochrétienne

Occident, Ier siècle av JC - VIème siècle ap JC
Orient, Ier siècle av JC - VIIIème siècle ap JC

 
Milieu IIIème siècle av JC, Morgantina (Sicile) Découverte des plus anciennes mosaïques de tesselles. Il est possible que la mosaïque de tesselles ait été inventée à Syracuse (Sicile).
IIIème siècle - début Ier siècle av JC, monde héllénistique (Pergame, Alexandrie, Délos)
Large utilisation de la mosaïque de tesselles, avec parfois l'emploi d'un embléma, tableau enchâssé. Les mosaïstes tentent de faire des représentations illusionnistes (comme les peintres de l'époque) par des recherches tridimensionnelles, de lumière et de réalisme.
A Pergame, premiers pavements imitant la peinture. Les tesselles font parfois moins de 1 mm².
Ier siècle av JC, Rome Naissance de la mosaïque murale dans des grottes naturelles ou artificielles ou des fontaines dédiées aux muses.
La mosaïque de pavement courante comporte des motifs géométriques noirs et blancs. L'Italie y reste fidèle jusqu'au IVème siècle.
A partir du Ier siècle ap JC, Empire romain
La mosaïque de tesselles est utilisée pour les villas, églises, piscines, thermes, fontaines, latrines et bâteaux, etc. en raison de sa résistance et de son étanchéité.
Elle se répand progressivement dans les provinces de l'Empire, qui apportent des modifications.

Gaule et Germanie : complexité des décors géométriques.
Angleterre : trichromie ( rouge, brun, blanc).
Espagne : influence combinée de l'Afrique du nord et de l'Italie.
Yougoslavie, Bulgarie, Grèce, Proche Orient : subtilité de la gamme chromatique, utilisation mêlée du tableau illusionniste grec et des décors géométrique romains.
Afrique et Orient : succès des embléma, iconographie mythologique et historiée, décors végétaux.
Vème - VIIIème siècles, Autour de la Méditerranée
L'art de la mosaïque est le premier des arts plastiques, mais est en déclin en Italie.

1er siècle av JC, Pompéi, Herculanum, Palerme et Malte Découverte des plus anciens pavements romains exécutés avec des tesselles et comportant une recherche artistique.
Iconographie : scènes historiques et mythologiques, thèmes de la vie quotidienne, représentations de cirque, d'amphithéâtre, de chasse, sujets saisonniers et astrologiques.

 
 
LA MOSAÏQUE BYZANTINE
 
Vème -VIIème siècles
Images votives en mosaïque fixées aux murs des églises.
726 - 843 : iconoclasme Destruction de nombreuses mosaïques.
Jusqu'au XIème siècle
style sobre, recherche de spiritualité et de symbolisme.
Xéme - XIIème siècles, apogée de l'art byzantin Rayonnement au-delà de l'Empire byzantin : en Russie, en Sicile, à Venise....La mosaïque murale est le premier des arts plastiques.
Mosaïques à fond d'or : or appliqué sur les tesselles.
Polychromie.
Après 1204 (sac de Constantinople par les croisés)
Bref déclin.
XIIIème - XIVème siècles
Renaissance de la mosaïque.
Petits tableaux portatifs d'un style plus réaliste que précédemment.
XVème siècle
Disparition de la mosaïque en tant que décor monumental.
    
LA MOSAÏQUE MEDIEVALE
 
VIIème - Xème siècles, Italie, Narbonnaise, Aquitaine
Relative disparition de l'art de la mosaïque.
XIème - XIIème siècles Renaissance de la mosaïque dans des abbayes bénédictines et des cathédrales romanes.
Style : utilisation des anciens schémas géométriques et de la nouvelle esthétique médiévale. Technique : quasiment la même que lors des périodes précédentes, mais de nouveaux matériaux permet d'avoir des rendus différents, en particulier lors de la pose mêlée en opus tesselatum et opus sectile.
Iconographie : épisodes bibliques, scène de la vie quotidienne, motifs animaliers, signes zodiacaux.
Fin XIIème siècle
Apparition d'une technique, ornementale, de taille du marbre, réservée aux ambons, ciboriums, frises des colonnettes ou des dessus-de-portes.
XIIème - XIIIème siècles, Italie
Renouveau. Influence de la mosaïque byzantine.
 
 
LA MOSAÏQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE, de la Renaissance à nos jours
 
Renaissance italienne
Reprise du conflit, ancien et récurrent, entre l'art de la mosaïque et celui de la peinture. Les mosaïstes exécutent des copies de peintures, utilisent les sujets, effets, et techniques des peintres.
Florence, XVème siècle : foyer de la mosaïque européenne.
A partir du XVème siècle, Italie et Espagne Développement d'une nouvelle technique : la mosaïque dite de scagliola, principalement utilisée pour faire des tables.
XVIIIème siècle
Miniaturisation avec les smalt.
XIXème siècle
Nouvelle phase de l'histoire de l'art de la mosaïque :

  • mise en place d'établissements spécialisés à Rome (atelier impérial de mosaïque), Florence (manufacture de mosaïque), Paris (école impériale de mosaïque) ou Saint-Petersbourg (établissement impérial).
  • rencontre de Gian Domenico Facchina et de Charles Garnier (architecte de l'Opéra de Paris). Ce dernier souhaiter y appliquer des mosaïques polychromes. Grâce à la nouvelle technique  de Facchina (technique de la pose indirecte ou par inversion), plus de 300 m² furent posés en quatre mois. Un intérêt renaît pour l'art de la mosaïque.
  • utilisation de la mosaïque et de la peinture dans l'architecture par les artistes de l'Art nouveau. Citons Gaudi ou Klimt...
Fin du XIXème siècle
Invention de l'émail industriel par Jean-Felix Bapterosses dans l'usine de Briare ; il est désormais possible de créer des formes prédimensionnées et standardisées.
XXème siècle
Invention du grès cérame. Très solide, il est utilisé en mosaïque pour les piscines municipales et les salles de bain.1925, Paris, Exposition Universelle des Arts décoratifs et industriels modernes : triomphe de l'Art Déco.
A partir de 1945,
la mosaïque revêt un caractère utilitaire alors qu'elle avait réussi à se maintenir en tant qu'art jusqu'alors.
1940-1950, Mexique et Italie Mosaïques exécutées pour des bâtiments administratifs par des artistes politiquement engagés.
A partir des années 1960, France Nombreuses mosaïques exécutées dans le cadre des commandes du 1%.
Quelques artistes continuent à utiliser ce média pour sa valeur artistique dans certaines de leurs œuvres. Citons Marc Chagall ou Niki de Saint-Phalle.
Aujourd'hui
Des artistes mosaïstes continuent de faire évoluer l'image de la mosaïque en poursuivant un travail de création innov, tout en conservant ses spécificités artistiques et ses techniques ancestrales. La mosaïque reste un art à part entière, unique et éternel.